ZeStory vous présente ses parcours sur les plus belles villes de France et du monde

00. Amsterdam à bicyclette

La place du Spui est le symbole du nouveau visage d'Amsterdam. Car c'est en ce lieu, au centre de la contestation du groupe des Provos, qu'a débuté en 1964 la croisade victorieuse contre l'automobile. Point de départ obligé de toute visite, à bicyclette, de la ville d'Amsterdam, elle s'ouvre sur le Béguinage. Dans ce parc intégralement cerné de maisons médiévales, la rumeur de la ville ne pénètre pas. Le Béguinage, où se trouve la plus vieille maison d'Amsterdam, contraste violemment avec les avenues populaires toutes proches, dont la plupart des immeubles connaissent le phénomène du squat. Enfourchez votre vélo en empruntant la grande avenue du Rokin pour arriver à la place du Dam, où se trouve le Palais royal et l'église Nieuwe Kerk. Le Dam est le c'ur de la cité et accueille les grandes manifestations nationales. Il est également le rendez-vous de l'un des plus grands marchés de la ville.

Plus loin, par l'avenue du Damrak, vous croiserez la bourse puis un peu en retrait la vieille église Oude Kerk. Le long de ces rues proches du port, les vitrines se peuplent de jeunes femmes en tenue légère. La preuve est faite, vous venez d'entrer dans le « quartier rouge », le plus célèbre d'Amsterdam. Ici en effet, la prostitution est légale et les maisons closes contrôlées. Le voyageur ne doit ainsi pas être surpris de passer sans transition des églises et des musées aux vitrines de prostituées. Mais le « vice » fait parti intégrante du charme de la cité¿

En descendant vers le sud-est, vous traverserez l'un des quartiers les plus riches où se dressent les plus belles demeures d'Amsterdam, comme le siège de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. En longeant ensuite le fleuve, l'Amstel, vous rejoindrez un secteur plus populaire où vivait Rembrandt, l'un des plus grands peintres hollandais. Dans sa maison du numéro 4 Jodenbreestraat, le « maître du clair-obscur » vécut des jours heureux avec son épouse Saskia avant de connaître les pires difficultés avec la bourgeoisie de la ville. La maison est aujourd'hui aménagée en musée rendant hommage à son œuvre. Plus loin se trouve la Synagogue Portugaise qui se rendit célèbre en attaquant, lors d'une vigoureuse querelle doctrinale, le philosophe Spinoza.

Votre bicyclette va désormais prendre toute son importance puisque vous pénétrez dans la grande et longue ceinture de canaux qui entourent le centre-ville. Particulièrement envoûtants au printemps, les canaux sont l'une des attractions principales d'Amsterdam et lui valent le surnom de « Venise du Nord ». Le premier, le Singel, est bordé de résidences et de commerces. Le suivant, le Herengracht, est sans aucun doute le plus atypique par ses demeures et ses vitrines de diamantaires. Si la plupart des façades sont ainsi très fidèles au style hollandais, certaines viennent rompre l'harmonie par un style décalé ou par des sculptures sans rapport évident avec l'histoire de la ville. Les deux derniers canaux, le Keizersgracht et le Prinsengracht, sont essentiellement célèbres pour leurs maisons-bateaux. Enfourchez donc votre vélo, traversez le fameux Pont-Maigre, le plus célèbre de la ville, et déambulez dans ce dédale que forme la ceinture de canaux. Albert Camus fut admiratif devant cet univers de pavés et d'eau qui ressemble à un songe. Si comme lui vous prenez plaisir à regarder ses habitants marcher dans les rues, soyez néanmoins attentifs à ne pas vous approcher trop près du parapet au risque d'effectuer une dangereuse baignade.


En quelques kilomètres, en longeant ces agréables canaux, vous atteindrez le 263 Prinsengracht. Sans doute la plus célèbre maison d'Amsterdam, l'arrière de la demeure est une annexe où séjourna pendant plus de deux ans la famille d'Anne Frank, venue se cacher de la terreur nazie. Anne Frank, jeune fille juive de treize ans, décida de tenir à partir de 1942 un journal intime relatant sa propre vie, durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré le bonheur et l'espoir qui recommencent à l'habiter vers la fin de la guerre, la jeune fille et sa famille sont découverts par la Gestapo le 4 août 1944. Elle ne reviendra jamais du camp d'extermination d'Auschwitz.


Avant de repartir vers le sud, vous pourrez remarquer le contraste avec les quartiers populaires du nord-ouest, où le socialisme libertaire connut son heure de gloire. Désormais, reprenez votre vélo pour le chemin du retour en direction du grand parc du Vondel. A la sortie de la ceinture de canaux, profitez du temps qu'il vous reste pour voir les collections d'art du Rijksmuseum et du Van Gogh Museum, qui abritent les œuvres des plus célèbres peintres hollandais, Rembrandt, Mondrian et Van Gogh, et qui mériteraient à eux seuls une journée complète de visite. Pour terminer cette journée, reposez-vous dans le parc Vondel, l'autre lieu particulièrement apprécié des contestataires Provos. Votre ultime visite vous conduira tout près de là, sur les lieux d'un ancien Etat utopique enchâssé trois jours durant dans la « Venise du Nord »¿

01. New York en toute liberté

Pour découvrir New York, offrez-vous un long week-end à Manhattan. Alors qu'aujourd'hui ce quartier est le plus cher de la ville, l'île fut achetée aux Indiens au début du XVIIe siècle pour une poignée de florins seulement.


La ville basse

En commençant votre première promenade à Manhattan, vous aurez une pensée pour les tours jumelles du World Trade Center, détruites à la suite des attentats sanglants du 11 septembre 2001. En dépit de leur absence, « la ville debout » contient encore bien d'autres grattes-ciel. Dans le quartier Sud, les rues prennent ainsi des allures de canyons où la lumière est une denrée rare. Et même dans l'avenue Broadway, qui signifie pourtant « route large », on devine avec difficulté le sommet des bâtiments¿

Sur votre gauche, engouffrez-vous dans Wall Street. S'élève alors, monumentale, la Bourse de New York, créée en 1792. En dépit des tourments de l'économie américaine, telle la crise de 1929, le New York Stock Exchange est demeuré la première place financière du monde. Le jeu des spéculateurs a d'ailleurs inspiré les armoiries de l'édifice.


Continuez votre course vers le sud et prenez le bateau pour Ellis Island. A la fin du XIXe siècle, devant la poussée de réactions xénophobes, cette île devint le lieu de transit obligé des immigrants. Parmi eux, nombreux furent les Juifs qui, au tournant du XIXe et du XXe siècle, vécurent cet exil dont Georges Perec honore la mémoire. Continuez ensuite votre croisière jusqu'à la statue de la liberté, symbole de l'Amérique triomphante.


Pour terminer votre première journée, rien de tel qu'une petite ballade au crépuscule dans Lower East Side, la partie de la ville où se sont rassemblées les communautés culturelles. Vous pourrez ainsi voir Chinatown ou encore Little Italy, le quartier tant aimé de Cerdan. Faites également un tour à Soho. Au début du XXe siècle, Greenwich Village était le lieu de bohème de nombreux écrivains comme D. H. Lawrence. Mais dans les années 1970, le quartier devint trop cher et les artistes commencèrent à s'exiler dans l'ancien quartier marchand de Soho. C'est là qu'Andy Warhol installa sa Factory et lança la mode du loft. Peu après, Jean-Michel Basquiat quitta le métro new-yorkais où il griffonnait des poèmes et des dessins pour le rejoindre. Mais le quartier de Soho devint lui-même trop couru et les artistes partirent de nouveau pour aller s'implanter à Tribeca.



La ville moyenne

Pour votre seconde journée dans New York, surnommée la « Grosse Pomme », commencez par vous rendre à Times Square. Ce quartier porte le nom du fameux journal qui vint s'y installer en 1904. Cette arrivée donna naissance à une traditionnelle fête du nouvel an. En 1916, le quartier fut totalement électrifié. Broadway, la principale avenue du quartier, s'orna alors d¿immenses panneaux d'affichage. Elle prit dès lors le patronyme de « voie blanche », car elle semble aussi éclairée de jour que de nuit. Alors qu'à ses débuts l'avenue était une enfilade de théâtres, elle devint progressivement un lieu mythique du cinéma. A bien des égards, le Roxy et le Paramount incarnent l'essence de Broadway, étant à la fois le « temple de Salomon », « Saint-Paul de Rome », le « Parthénon » et « la vallée des Rois » du cinéma selon Paul Morand.

Lors de votre promenade dans Manhattan, rendez-vous au pied du Chrysler Building par la 42e rue. Coiffé de fenêtres triangulaires, ode à l'automobile par ses éléments provenant de carrosseries, il est l'un des grattes-ciel les plus étonnants de New York. En le faisant édifier en 1928, Walter Percy Chrysler souhaitait battre le record de hauteur. Mais son rival de l'automobile, John Jacob Rascob, vice-président de General Motors, commandita l'Empire State Building. Et cette tour, édifiée un an plus tard, dépassa sa cons¿ur de soixante-dix mètres.


Le plus important ensemble privé de grattes-ciel reste le Rockefeller Center, construit en 1931 à la demande de John D. Rockefeller. L'ensemble se compose de dix-neuf buildings dressés en octogone. Parmi ses magasins les plus réputés se trouve la librairie Brentano, décrite par Morand comme « les catacombes de l'information ». En faisant bâtir ce complexe, Rockefeller cherchait à donner un nouveau souffle à une ville encore abasourdie par la crise de 1929. Mais bien plus encore, il espérait symboliser par ces édifices la puissance américaine. C'est pourquoi il supporta mal l'humour de Diego Rivera, artiste chargé d'orner de peintures l'intérieur des bâtiments¿



La ville haute

Après tant de grattes-ciel, vous apprécierez certainement le calme de Central Park. Aujourd'hui comptant parmi les lieux les plus prisés de New York, il fut créé à la fin du XIXe siècle pour permettre aux habitants les plus pauvres d'accéder à la verdure. Des personnalités, comme John Lennon, se sont installées dans les immeubles environnants pour profiter de sa tranquillité. Le midi, par beau temps, les New-Yorkais y pique-niquent, déballant alors des montagnes de nourriture. Au détour d'un bosquet, rejoignez la rue des mille musées, où s'enchaînent essentiellement la Frick collection, le Metropolitan Museum of Art et le Musée Guggenheim.

Parcourez ensuite Harlem, qui devint le refuge de vagues d'émigrants successives, dont la plus tardive fut celle des afro-américains. Dans les années 1930, ce quartier devient l'avant scène du jazz. Duke Elligton et Ella Fitzgerald y firent notamment leurs classes. Enfin, sortez de Manhattan par Brooklyn Bridge, le pont qui mène au quartier huppé de Brooklyn, dont Francis Scott Fitzgerald dépeind les moeurs dans Gatsby le Magnifique. Au milieu du pont, retournez-vous. En quinze secondes, vous comprendrez alors New York, cette ville transformée en un espace sculpté à l'extrême...


Odile Mornet



02. Nîmes la Romaine

Nîmes, avec ses ferias et ses monuments romains, mêle parfaitement l'ambiance festive de l'Espagne et le décor antique de l'Italie. Mais la ville gardoise conserve un charme typiquement provençal, qui inspira Apollinaire au moment de clamer son amour pour Lou dans un hôtel du Square de la Couronne. Parcourez cette place pour vous rendre ensuite aux pieds des Arènes. Leur taille impressionnante leur a valu d'être utilisées comme une forteresse pendant tout le Moyen-Age. Aujourd'hui, l'amphithéâtre sert de salle de concert et accueille les ferias trois fois par an. Cette dernière tradition faillit d'ailleurs être écourtée à la suite d'une première corrida particulièrement sanglante en 1853.


Lorsque vous sortez des Arènes, promenez-vous dans les rues moyenâgeuses du centre-ville pour voir la mairie et la cathédrale Saint-Castor. Nîmes fut le théâtre de violents affrontements religieux comme en témoigne le puits dans la cour de la cathédrale. En coupant la rue de l'aspic, vous arrivez plus loin sur la place du marché, où se dresse une fontaine avec un crocodile, symbole de la ville. La rue mène ensuite vers la place de la Maison carrée.



La Maison carrée, malgré son nom, est un ancien temple romain rectangulaire qui a gardé toutes ses colonnes et son fronton. C'est l'un des monuments antiques les mieux conservés au monde. Elle doit son état à l'utilisation qui en a été faite tout au long des siècles, et qui a permit son constant entretien. De l'autre côté de la place se dresse le Musée d'art contemporain, appelé « Carré d'Art ». Il représente une sorte de vis-à-vis moderne à la Maison carrée.

Avant de vous dirigez vers la tour Magne, flânez dans la Coupole des Halles, le plus grand marché couvert du Gard, où l'on trouve les produits traditionnels de la région. N'oubliez pas en voyant un Jean qu'il s'agit là aussi d'un produit local. L'autre sortie de la Coupole donne sur le boulevard Gambetta, que vous pouvez longer pour arriver aux Quais de la Fontaine.

Les canaux, alimentés par une source locale, sont très appréciés par les Nîmois, qui n'hésitent pas à s'y donner rendez-vous en fin de journée. Au bout des quais commencent les Jardins de la Fontaine, qui s'élèvent sur toute la colline Cavalier. Grâce aux canalisations, cet espace autrefois aride est devenu un véritable havre de paix où se mêlent bassins et pelouses. Au début des jardins se trouve l'un des monuments romains les plus énigmatiques de Nîmes, le temple de Diane, dont on ne connaît pas précisément la fonction.

Montez enfin les pentes en direction de la tour Magne qui se dresse au sommet de la colline. Cette tour mesurait autrefois plus d'une quarantaine de mètres jusqu'à l'intervention malheureuse d'un jardinier. Elle reste suffisamment imposante pour offrir un beau panorama sur l'ensemble de la ville.


Adam Stambul




03. Prague, capitale magique de l'Europe

L'idéal est de commencer votre visite de Prague à partir de la place Venceslas, située dans le quartier moderne de Nove Mestro. Cette place est un lieu chargé d'histoire, symbolique de la lutte contre le communisme. Au centre, se dressait autrefois une statue de Saint-Venceslas, au pied de laquelle Jan Palach défia l'autorité russe lors du « Printemps de Prague » en 1968. C'est en son hommage, et en souvenir de cette révolte écrasée, que le peuple tchèque s'y est rassemblé vingt ans plus tard pour entendre les discours de la « Révolution de Velours ».


Traversez la place en partant de l'opéra d'Etat, mais ne vous dirigez pas encore vers les hauts clochers de la Vieille-Ville. Passez devant l'université de Prague où Kafka et Brod se rencontrèrent, et prolongez votre promenade jusqu'aux rives de la Moldau. C¿est dans ce quartier que fut organisée la première révolte religieuse des protestants praguois. En chemin, vous pouvez croiser la chapelle de Bethléem où Jan Hus, héros de la nation tchèque et précurseur du protestantisme, a prêché, mais aussi la maison où, selon la légende, Faust aurait vécu...


Au terme de votre promenade sur les berges, dirigez-vous vers la Vieille-Ville, Stare Mestro. Ce quartier est le véritable c'ur de Prague. C'est pourquoi il est en constante ébullition. Le meilleur moment pour y arriver est midi, quand le marché bat son plein. Sur la place de la Vieille-Ville se dressent les symboles de la cité dont l'horloge de l'hôtel de ville et la statue de Jan Hus. N¿hésitez pas à vous rendre dans l'église Saint-Tyn pour y contempler son orgue et les tombeaux de personnalités praguoises comme le mystérieux astronome Ticho Brahé. On peut également remarquer l'existence d'une petite fenêtre dans un coin : Kafka a vécu dans la maison située juste derrière.


A la sortie, une visite de l'ancien quartier juif de Josefov s'impose. Vieux ghetto insalubre, le lieu était propice à toutes les légendes. Prague fut en effet une terre d'accueil privilégiée pour les Juifs d'Europe Centrale, et la ville était particulièrement réputée pour ses rabbins. Vous pouvez ainsi croiser la synagogue du rabbin Maisel puis, un peu plus loin, celle appelée « Vieille-Nouvelle », qui accueillit le célèbre rabbin Löw et son Golem. Poursuivez maintenant jusqu'aux berges de la Moldau, à hauteur du Pont Charles.


Un poète a un jour dit du Pont Charles qu'il est « une bague au doigt de Prague ». Sa construction a suscité de nombreuses légendes. Engagez-vous sous la tour et profitez de la vue sur la ville. La beauté du pont réside non seulement dans son architecture mais également dans le cortège de statues qui l'accompagne. Elles représentent les différents saints de Bohème. Parmi eux, Jean Népomucène dont la statue se trouve à l'endroit précis où il fut jeté dans la Moldau¿


Une fois les deux autres tours dépassées, vous arrivez à Mala Strana, « le Petit Côté ». Au centre se dresse l'église Saint-Nicolas-de-Mala-Strana, dont l'intérieur baroque est l'un des plus étranges de la ville. Vous pouvez également visiter le palais Wallenstein et ses jardins. Leur beauté rappelle l'arrogance du duc Wallenstein, qui se voulait plus riche que l'empereur. Avant de vous rendre au Château, prolongez votre promenade vers le quartier situé entre Petrin, la forêt d'où se détache une tour métallique, et le fleuve. Vous pouvez profiter de la douce tranquillité du lieu, qui surprit un grand nombre d'écrivains. Elle doit beaucoup à l'authenticité de ses bâtiments, ce qui fit dire à de nombreux poètes que Mala Strana s'est « endormie ».

Lorsque vous arrivez enfin au pied du Château, n'oubliez pas de visiter le quartier situé à ses portes, Hradcany, siège des ambassades et des palais. C'est dans l'un d'eux, le palais Cernin, que fut fomenté le « Coup de Prague ». Kafka y a écrit plusieurs de ses chefs-d¿œuvre tandis que Rilke fut fasciné par sa grandeur mystérieuse. Jusqu'au Français Albert Camus qui erra longuement dans ses allées. S'il vous reste un peu de temps avant le coucher du soleil, n'hésitez pas à aller voir le couvent de Strahov, où Mozart composa une sonate¿


Le Château reste le site principal de Prague. C'est au crépuscule que le panorama sur la ville est le plus beau. Tous les écrivains ont été fascinés par cet édifice, « omniprésent, omnipotent » selon Dominique Fernandez. Même les écrits de Kafka en gardent la trace. Pénétrez dans l'enceinte des fortifications et rendez-vous dans la cour. En face de vous se dresse la cathédrale Saint-Guy, le plus grand et le plus récent des édifices religieux de Prague. Elle abrite les tombeaux des plus hautes personnalités praguoises.

Le Château fut de tous temps le centre du pouvoir tchèque et il accueillit tous les empereurs de Bohème. Il fut aussi le siège d'innombrables tragédies. En parcourant les bâtiments royaux, vous pouvez sans doute voir la pièce où eut lieu la grande défenestration de Prague. Lors de votre visite, essayez de vous rendre également au bout du Château, du côté de la tour Daliborka. C¿est là que se trouve la célèbre ruelle d'or qui abrita les alchimistes de la cour. Elle reste encore aujourd'hui un endroit où flotte une aura de mystère.


Adam Stambul




04. Dijon, capitale des ducs de Bourgogne

La Porte Guillaume, située sur la place Darcy à la limite des quartiers modernes, est l'entrée principale de la vieille-ville de Dijon. Elle ouvre sur la rue de la Liberté, ainsi renommée à la Libération. Car Dijon, grâce à des hommes tels que le chanoine Kir, son maire pendant plus de vingt ans, a été durant la Seconde Guerre mondiale un grand centre de la Résistance.


La rue de la Liberté traverse la vieille-ville de part en part. Au début, un quartier du XIXe siècle cède bientôt le pas à des demeures beaucoup plus anciennes. N'hésitez pas à faire alors un petit détour vers la place Bossuet, juste à côté de la cathédrale Saint-Bénigne. Vous entrez dans la ville moyenâgeuse, réputée pour ses authentiques maisons à colombages. L'une d'elles recèle d'ailleurs l'insolite particularité de ne pas avoir de toit... En revenant vers la rue de la Liberté, vous arriverez sur la place Rude, du nom du célèbre sculpteur né à Dijon, dite aussi place du « Bareuzai ». Elle doit ce surnom à la statue qui la surplombe et qui représente un vigneron bourguignon. Cette place est le véritable c'ur de la ville, comme en témoignent les nombreux restaurants et les boutiques d¿artisanat traditionnel.



La rue de la Liberté se dirige ensuite vers le palais ducal. Mais il est préférable de le contourner pour visiter l'église Notre-Dame. Vous pourrez aisément la reconnaître grâce à l'étrange statue métallique située sur sa tourelle. Plus petite que la cathédrale, Notre-Dame est cependant bien plus remarquable en raison notamment des dizaines de statues et de gargouilles qui se tiennent sur ses côtés. N'oubliez pas non plus d'aller vous recueillir sur la célèbre chouette de Dijon. Selon la rumeur, vous devez caresser la petite statue de la main gauche en faisant un v¿u, et celui-ci s'exaucera¿


La rue de la Liberté se termine sur la place de la Libération. En face se dresse le grand palais ducal. De tous temps, ce lieu fut le siège du pouvoir à Dijon et les ducs de Bourgogne y accueillirent les plus grands seigneurs européens. Au XVe siècle, cette cour, l'une des plus puissantes d'Europe, était admirée en raison notamment des somptueux banquets qui s'y tenaient. Le palais reste aujourd'hui encore un centre de pouvoir important puisqu'il accueille entre ses murs l'Hôtel de ville.


Adam Stambul




05. Venise en vaporetto

Même si aujourd'hui l'avion vous mène aux portes de la cité, la plus belle arrivée à Venise se fait par le train. Jaillissant des eaux calmes et lumineuses, cette ville millénaire repose sur sa myriade de pilotis enfouis dans la lagune.

Une fois parvenu à la gare de Santa Lucia, située dans le quartier Cannaregio, offrez-vous un premier voyage d'un bout à l'autre du Grand Canal, en vaporetto uno. N'ayant d'accelerato que le nom, sa lenteur vous permet de promener votre vue à loisir. Surtout, n'hésitez pas à renouveler ce parcours à la tombée de la nuit. Sur votre chemin, vous croisez de multiples gondoles, proposant la traversée du Canalazzo. Jadis, ces embarcations étaient décorées de façon exubérante par les riches nobles. Mais la République de Venise, lasse de tant d'excès, décréta en 1633 que l'on devait les peindre en noir. Cette couleur sombre vaut à Wagner l'impression de « faire partie d'un convoi de cadavres au cours d'une épidémie de peste ».



De part et d'autre du Grand Canal, les édifices se mirent à loisir dans les eaux, dont la surface se fragmente en multiples facettes. Pour les habitants de ces rives, la contemplation de ce miroitement est partie intégrante de leur quotidien et reflète bien leur art de vivre indolent, tant apprécié par l'écrivain voyageur Paul Morand. Derrière ses airs tranquilles, le Canal endura pourtant deux rudes épreuves : la première fut un tremblement de terre au XIVe siècle; la seconde, le gel de la lagune à la fin du XVIIIe siècle. Un peu plus loin, en retrait du Canal, l'église San Giovanni e Paolo renfermait la célèbre cène du Titien, jusqu'à ce qu'elle soit dévorée par le feu. Sur votre gauche, le palais Labia et ses multiples trésors. Outre ses murs intérieurs entièrement ornés de fresques de Tiepolo, il possédait une collection de vaisselle impressionnante. Dans une des demeures bordant le Canalazzo eut même lieu une rencontre mythique entre Churchill et Orson Welles. Le réalisateur cinématographique était alors à la recherche de budgets pour son film Othello inspiré de la pièce de Shakespeare.



Parvenu à la moitié du Grand Canal, vous passez sous le pont du Rialto. Autrefois construit en bois, la pierre remplaça ce materiau précaire au XVIe siècle. Mais il demeura jusqu'au XIXe siècle l'unique trait d'union entre les deux rives. Avant de vous engouffrer sous l'arche du pont, jetez un coup d'¿il à votre gauche. En bordure du Grand Canal s'élève le Fondaco dei Tedeschi. Sur le mur latéral de cet édifice, existait autrefois une fresque monumentale, peinte par Giorgione au XVIe siècle.

A bien des égards, le pont du Rialto offre une vue imprenable sur la ville. Sur votre droite s'étend le sestiere San Polo. En dépit de sa petite taille, il fut le centre marchand de Venise. Pensant trouver refuge parmi les échopes et les banques, Lorenzo de Médicis, fuyant Florence, s'y installa au XVIe siècle, après avoir assassiné son cousin Alexandre. Mais la cité devint vite son tombeau. Alfred de Musset relate ce drame dans sa pièce Lorenzaccio.

Dans la continuité, s'étend le Dorsoduro. Joyau de son quartier, l'Académie des Beaux Arts se dresse en bordure du Canal. Créée en 1750, elle offre les plus belles collections de la peinture vénitienne. Non moins imprenable, est aux yeux de Paul Morand le café de l'Académie. A sa hauteur, un deuxième pont, enjambe le Canalezzo. Sa structure en fer contraste avec l'architecture globale de la cité. A l'extremité du Dorsoduro, comme un ultime ornement se dresse la Salute, église à base octogonale, construite au XVIIe siècle.

Bientôt votre gondole parvient à l'extrêmité du Grand Canal. Mais continuez votre promenade pour atteindre la place Saint-Marc, dominée par son célèbre campanile. Immédiatement, l'¿il chavire devant un tel ensemble architectural, à la fois harmonieux et hétéroclite. Les banquets les plus fastueux y étaient tenus. Mais la place fut aussi le symbole de la fin de la Sérénissime : un arbre de la liberté fut planté en son sein par les troupes napoléonniennes en 1797.




Au premier plan, le palais des Doges. Ancien siège des gouvernements et des magistratures, toute l'histoire de Venise y fut peinte par les plus grands maîtres. Mais c'est surtout la basilique façonnée, dressée entre les XIe et XVe siècles, qui fit de ce lieu le centre de Venise. Toutes les fêtes religieuses y étaient célébrées. Ainsi, le jour des Rameaux, on lâchait de sa loge un vol de colombes, nourries un temps par la République. En 1631, pour fêter la fin de la peste, y fut chantée la Messe d'action de grâces de Monteverdi. A l'intérieur de l'édifice, vous pouvez contempler le célèbre quadrige, symbole de la liberté vénitienne.



Nombreux furent les écrivains voyageurs qui décrivirent la basilique de la place Saint-Marc. Parmi eux, Maupassant, plus que jamais français, ne put s'empêcher de la comparer à un certain mont, perdu au milieu des sables mouvants...

Enfin, si vous remontez le long de la façade est, vous parvenez à L'Arsenal, où étaient construites les flottes marchandes et de guerre. A l'entrée du port, les deux lions gardent la cité, affirmant à jamais la puissance de Venise...



Odile Mornet




06 - Bordeaux, le port de la Lune

Depuis l'Antiquité, Bordeaux a prospéré grâce au commerce fluvial et maritime. La courbe de la Garonne, juste avant l'estuaire, lui valut ainsi le surnom de « port de la Lune ». Mais c'est avant tout le vin qui donna à la ville sa célébrité mondiale. Les hangars des quais des Chartrons, où étaient entreposées les bouteilles prêtes à l'exportation, montrent l'importance de cette boisson dans l'économie de la capitale girondine.

Descendez le long de ces quais situés au nord de la ville jusqu'à l'esplanade des Quinconces, la plus grande place d'Europe. Elle s'ouvre sur la Garonne par deux colonnes symbolisant le commerce et la navigation, les deux activités essentielles de la ville. Plus loin, sous les arbres, vous croiserez les statues des célèbres écrivains Montesquieu et Montaigne, nés tous deux dans le Bordelais. La place s'achève à son extrémité par un vaste monument composé d'une grande colonne et de nombreuses statues. Il a été édifié à la mémoire des Girondins, l'un des principaux groupes parlementaires lors de la Révolution française. Sortez de l'esplanade en remontant légèrement vers le nord pour aller voir le palais Gallien, l'un des derniers témoignages de la cité antique. Votre promenade vous conduira ensuite jusqu'à l'église Saint-Seurin, un peu plus au sud, avant de vous mener dans le véritable c'ur de la ville.

La visite du centre historique de Bordeaux peut commencer en longeant le vaste cours du Chapeau Rouge jusqu'au Grand-Théâtre, situé sur la place de la Comédie. Il s'agit là d'un des plus beaux théâtres de France, ce qui montre l'importance culturelle de la ville dès le XVIIIe siècle. Plus loin, vous pouvez de nouveau longer les quais jusqu'à la place de la Bourse. Ancienne place Royale, elle est l'une des plus brillantes réussites de l'intendant Tourny, qui s'évertua à doter l'ensemble du centre-ville de bâtiments de style classique en remplacement des maisons moyenâgeuses.

Deux possibilités s'offrent alors à vous pour continuer votre visite. Vous pouvez descendre le long du fleuve jusqu'à la porte Cailhau, près du pont de pierre. Cette porte est le dernier vestige de l'ancien palais de l'Ombrière. Elle rappelle que Bordeaux fut une ville d'une grande importance au Moyen-Age avec des personnages historiques célèbres comme Aliénor d'Aquitaine ou le légendaire Huon de Bordeaux. Vous pouvez cependant différer cette visite, car le plus agréable est sans doute de revenir légèrement sur vos pas afin d'emprunter la rue Sainte-Catherine, une longue artère piétonne et très animée. Elle vous mène jusqu'au cours d'Alsace-Lorraine, et vous pourrez alors vous diriger vers la haute tour Pey-Beyland, près de la cathédrale Saint-André. Vous verrez à son sommet une colossale statue de la vierge dominant la ville. De l'autre côté de la cathédrale se trouve le Palais Rohan, qui sert actuellement de mairie et de musée. Le peintre romantique Delacroix y vécut les premières années de sa vie.

En continuant un peu plus au sud et en empruntant le cours Victor Hugo, vous croiserez alors la Grosse Cloche, l'emblème historique de Bordeaux représenté sur ses armoiries. N'oubliez pas, néanmoins, de vous enfoncer dans les petites rues alentours, notamment la rue Gouvéa. C'est dans une de ses maisons que l'écrivain Montaigne avait l'habitude de rejoindre La Boétie, son meilleur ami, afin de discuter de philosophie. Poursuivez ensuite en repérant au dessus des toits la flèche Saint-Michel, le plus haut édifice religieux du Sud-Ouest de la France. Cette construction de plus de cent mètres de haut fait face à l'église Saint-Michel, elle-même célèbre pour les momies découvertes dans une de ses cryptes à la fin de la Révolution. Vous pouvez désormais repartir vers la Garonne jusqu'au pont de pierre. Au crépuscule, il vous offrira un panorama unique sur le Bordeaux classique.


Adam Stambul



07. Londres en majesté

Toute visite de Londres doit incontestablement commencer par le palais de Westminster. Situé sur le bord de la Tamise, il est le centre politique du pays et fut souvent une cible de choix pour les révolutionnaires. Mais en dépit des tentatives de destruction et des multiples incendies, le palais continue d'abriter les deux chambres du Parlement, celle des lords et celle des communes. Juste à côté s'élève Big Ben, cette grande tour symbole de la ville, dont l'horloge rythme encore aujourd'hui la vie des Londoniens.

Après une courte visite à l'abbaye de Westminster et un petit détour par la cathédrale de Westminster, rendez-vous au palais de Buckingham, la résidence de la famille royale d'Angleterre. C'est là que la Reine reçoit traditionnellement les plus grandes personnalités¿ jusqu'aux Beatles au temps de leur gloire. Plus à l'ouest s'ouvre le quartier huppé de Belgravia, le lieu de résidence d¿Oscar Wilde avant qu'il ne subisse les foudres de la société londonienne conservatrice. Les demeures victoriennes de ce quartier très calme offrent un étrange contraste avec l'agitation du centre-ville. Vous pourrez vous arrêter en chemin à Harrods, l'un des plus grands magasins du monde, avant de pénétrer dans la quiétude de Hyde Park. L'idéal est d'y arriver en milieu de journée, lorsque le soleil est haut dans le ciel. A midi, de très nombreux Londoniens viennent pique-niquer sur les pelouses bordant la Serpentine, le lac au centre du parc.


Votre après-midi, pour cette première journée de visite, peut commencer par un arrêt au Speakers¿ Corner, où se rassemblent des orateurs venus défendre ¿ ou attaquer ¿ les causes les plus diverses. Ensuite, si Hyde Park vous a plu, n'hésitez pas à vous rendre dans Regent¿s Park, l'autre grand parc de la ville. Vous devrez pour cela emprunter Baker Street où Sherlock Holmes a élu résidence au 221B. Redescendez enfin vers le sud-est jusqu'à l'immense avenue d'Oxford Street qui vous mènera dans Soho. Ce quartier a la réputation d'être assez malfamé. Si cela était vrai à la fin du XIXe siècle, comme en témoigne Stevenson, le quartier s'est néanmoins petit à petit transformé jusqu'à devenir un lieu de bohème pour de nombreux artistes comme Francis Bacon.


Pour achever votre première journée à Londres, rendez-vous au bout de Regent Street, où commence le West End. Véritable centre-ville de Londres, le quartier servit de cadre à nombre d'écrivains pour leurs romans, à la manière de Bram Stoker. Mais comme le rappelle Virginia Woolf, il n'est pas représentatif de la réalité de la ville. Au sud de Piccadilly Circus, en face de la National Gallery, vous verrez la grande place de Trafalgar Square, surplombée par un monument à la gloire de l'amiral Nelson. Parcourez ensuite Leicester Square, où l'ancien Premier ministre Churchill fit ses premières armes politiques, avant de vous rendre à Covent Garden. Ce lieu se voulait être le nouveau centre mondain de Londres, mais il devint à l'inverse le plus grand marché aux fleurs et aux légumes de la capitale. Il reste aujourd'hui l'un des lieux les plus animés de la ville.

Votre deuxième journée à Londres peut commencer par le quartier médiéval du Temple, où Daniel Defoe vécut quelques journées terribles. Selon la légende, c'est là qu'éclata l'une des plus féroces guerres civiles connues par le royaume : la guerre des Deux-Roses. Vous pouvez franchir un pont pour vous rendre ensuite au théâtre du Globe, en bordure du fleuve. Il fut la propriété de William Shakespeare, et reçut les premières représentations de Roméo et Juliette ou de Macbeth. Le grand homme reste l'une des plus vivantes figures de Londres et il ne se passe pas une semaine sans que l'une de ses pièces soit à l'affiche dans la capitale. Inutile ensuite de s'attarder sur la rive droite du fleuve où vécut cependant Charlie Chaplin avant de s'envoler vers Hollywood.


Après avoir traversé de nouveau la Tamise par le Millenium Bridge, vous pénétrez dans la City, un quartier vieux de deux mille ans. Véritable ville dans la ville, elle possède encore aujourd'hui des droits propres comme l'élection de son lord-maire. De nombreuses maisons sont relativement récentes car la City fut la cible d'un bombardement intensif lors de la Seconde Guerre mondiale. C'est donc presque un miracle si la cathédrale Saint-Paul est restée debout. La reconstruction a fait de la City un centre financier. Près d'un demi-million de Londoniens s'y pressent ainsi chaque jour dans un fourmillement à faire frémir Henri Heine.

Au nord-est de la City s'ouvrent les quartiers de l'East End. Au XIXe siècle, ils étaient les plus pauvres de la ville de Londres. Charles Dickens exposa cette misère au grand jour dans son œuvre majeure, Les aventures d'Olivier Twist. Ils furent ensuite rendus célèbres dans des circonstances beaucoup plus tragiques. C'est là qu'a en effet sévi Jack l'éventreur, le plus fameux des tueurs en série. Ne vous attardez pas trop dans ces lieux mystérieux et dirigez-vous vers les berges de la Tamise où se dresse la Tour de Londres. Cette immense construction fut à la fois un palais et une prison royale. De très importantes personnalités y furent emprisonnées ou même exécutées comme Jane Grey. La tour Sanglante garde ainsi le triste souvenir des crimes de Richard III, le roi sanguinaire mis en scène par Shakespeare. Aujourd'hui, la Tour de Londres se visite et garde les bijoux de la couronne britannique. Pour achever cette journée, empruntez le majestueux Tower Bridge. Il vous offrira au crépuscule une vue inoubliable sur la Tamise et sur l'immensité de la capitale britannique.


Adam Stambul



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