Même si aujourd'hui l'avion vous mène aux portes de la cité,
la plus belle arrivée à Venise se fait
par le
train.
Jaillissant des eaux calmes et lumineuses, cette ville millénaire repose sur sa myriade de
pilotis
enfouis dans la lagune.
Une fois parvenu à la gare de
Santa Lucia,
située dans le quartier Cannaregio, offrez-vous un premier voyage d'un bout à l'autre du
Grand Canal,
en vaporetto uno. N'ayant d'accelerato que le nom, sa lenteur vous permet de promener votre vue à loisir. Surtout, n'hésitez pas à renouveler ce parcours
à la tombée de la nuit.
Sur votre chemin, vous croisez de multiples gondoles, proposant la traversée du Canalazzo. Jadis, ces embarcations étaient décorées de façon exubérante par les riches nobles. Mais la République de Venise, lasse de tant d'excès, décréta en 1633 que l'on devait les peindre en noir. Cette couleur sombre vaut à Wagner l'impression de « faire partie d'un convoi de cadavres au cours d'une épidémie de peste ».
De part et d'autre du Grand Canal, les édifices se mirent à loisir dans les eaux, dont la surface se fragmente en multiples facettes. Pour les habitants de ces rives, la
contemplation
de ce miroitement est partie intégrante de leur quotidien et reflète bien leur
art de vivre indolent,
tant apprécié par l'écrivain voyageur Paul Morand. Derrière ses airs tranquilles, le Canal endura pourtant deux rudes épreuves : la première fut un
tremblement de terre
au XIVe siècle; la seconde, le
gel de la lagune
à la fin du XVIIIe siècle. Un peu plus loin, en retrait du Canal, l'église San Giovanni e Paolo renfermait la célèbre
cène du Titien,
jusqu'à ce qu'elle soit dévorée par le feu.
Sur votre gauche, le palais Labia et ses multiples trésors. Outre ses murs intérieurs entièrement ornés de fresques de Tiepolo, il possédait une
collection de vaisselle
impressionnante. Dans une des demeures bordant le Canalazzo eut même lieu une
rencontre mythique entre Churchill et Orson Welles.
Le réalisateur cinématographique était alors à la recherche de budgets pour son
film Othello
inspiré de la pièce de Shakespeare.
Parvenu à la moitié du Grand Canal, vous passez sous le pont du Rialto. Autrefois construit en bois, la
pierre
remplaça ce materiau précaire au XVIe siècle. Mais il demeura jusqu'au XIXe siècle l'unique trait d'union entre les deux rives. Avant de vous engouffrer sous l'arche du pont, jetez un coup d'¿il à votre gauche. En bordure du Grand Canal s'élève le Fondaco dei Tedeschi. Sur le mur latéral de cet édifice, existait autrefois une fresque monumentale, peinte par
Giorgione
au XVIe siècle.
A bien des égards, le
pont du Rialto
offre une vue imprenable sur la ville. Sur votre droite s'étend le
sestiere San Polo. En dépit de sa petite taille, il fut le centre marchand de Venise. Pensant trouver refuge parmi les échopes et les banques, Lorenzo de Médicis, fuyant Florence, s'y installa au XVIe siècle, après avoir assassiné son cousin Alexandre. Mais la cité devint vite son tombeau.
Alfred de Musset
relate ce drame dans sa pièce
Lorenzaccio.
Dans la continuité, s'étend le Dorsoduro. Joyau de son quartier, l'Académie des Beaux Arts se dresse en bordure du Canal. Créée en 1750, elle offre les plus belles collections de la peinture vénitienne. Non moins imprenable, est aux yeux de Paul Morand le
café de l'Académie.
A sa hauteur, un deuxième pont, enjambe le Canalezzo. Sa structure en fer contraste avec l'architecture globale de la cité. A l'extremité du Dorsoduro, comme un ultime ornement se dresse la
Salute,
église à base octogonale, construite au XVIIe siècle.

Bientôt votre gondole parvient à l'extrêmité du Grand Canal. Mais continuez votre promenade pour atteindre la
place Saint-Marc,
dominée par son célèbre
campanile.
Immédiatement, l'¿il chavire devant un tel
ensemble architectural,
à la fois harmonieux et hétéroclite. Les
banquets
les plus fastueux y étaient tenus. Mais la place fut aussi le symbole de la fin de la Sérénissime :
un arbre de la liberté
fut planté en son sein par les troupes napoléonniennes en 1797.
Au premier plan, le palais des Doges. Ancien siège des gouvernements et des magistratures, toute l'histoire de Venise y fut peinte par les plus grands maîtres. Mais c'est surtout la basilique façonnée, dressée entre les XIe et XVe siècles, qui fit de ce lieu le centre de Venise. Toutes les fêtes religieuses y étaient célébrées. Ainsi, le jour des Rameaux, on lâchait de sa loge un
vol de colombes,
nourries un temps par la République.
En 1631, pour fêter la fin de la peste, y fut chantée
la Messe d'action de grâces de Monteverdi.
A l'intérieur de l'édifice, vous pouvez contempler le célèbre
quadrige,
symbole de la liberté vénitienne.
Nombreux furent les écrivains voyageurs qui décrivirent la basilique de la place Saint-Marc. Parmi eux, Maupassant, plus que jamais français, ne put s'empêcher de la
comparer à un certain mont,
perdu au milieu des sables mouvants...
Enfin, si vous remontez le long de la façade est, vous parvenez à L'Arsenal, où étaient construites les
flottes marchandes et de guerre.
A l'entrée du port, les
deux lions
gardent la cité, affirmant à jamais la puissance de Venise...
Odile Mornet